Génération Québec par Christian Dufour – Journal de Québec

http://www.journaldequebec.com/2013/01/26/generation-quebec

Samedi 26 janvier 2013

La tentative de Pauline Marois de relancer la souveraineté ne scandalisera que ceux voulant que le PQ oublie sa raison d’être. Il est normal qu’on noue des liens avec les indépendantistes écossais ou catalans, la dynamique de ces deux régions présentant des analogies avec la situation québécoise.

La perception reste que la souveraineté est le rêve d’une génération: celle des baby-boomers, pour ne pas dire l’Âge d’or! Qui croit que les mollassons québécois de 2013, sans parler des ultra-progressistes voulant sauver la planète, feront l’indépendance?

Sensibilité conservatrice

Cela dit, la souveraineté comme projet reste au cœur de notre culture. Dans un Canada où le Québec est marginalisé, où les dangers de folklorisation de la culture francophone sont réels, l’idée d’un Québec indépendant n’a rien de fou.

C’est pourquoi la meilleure chose qui soit arrivée au mouvement souverainiste depuis longtemps est «Génération nationale».

Ce sont de vrais jeunes, comme l’illustre le nom à pentures de leur leader de 24 ans, Simon Pierre Savard-Tremblay. Mais ce sont surtout des jeunes différents des autres souverainistes: leur sensibilité est conservatrice.

Esprits superficiels

Or, si le Printemps érable a convaincu les esprits superficiels que l’avenir se situait plus à gauche, les dernières élections ont au contraire montré que le changement se ferait vraisemblablement sur fond de conservatisme «à la québécoise»: direction centre droit!

C’est là où se situe Génération nationale. Ce mouvement estime que l’école de la «réforme pédagogique» est une dérive: on a oublié la transmission de connaissances au profit de la fumiste acquisition de compétences.

Génération nationale conteste l’accent exagéré mis sur l’apprentissage par l’élève, veut replacer l’autorité de l’enseignant au cœur du processus. On critique une réussite théorique qui n’est plus liée à l’effort, sans dépassement de soi, mérite, discipline, excellence.

Assumer sa différence

Le mouvement refusant le multiculturalisme canadian, au profit d’une laïcité intelligente, le ministre Bernard Drainville a assisté à son lancement de Québec vendredi. En fait, c’est le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, qui aurait dû y être…

Il ne sera aucunement question des préoccupations de Génération Québec au Sommet «carré rouge» sur l’Éducation. Preuve que, s’ils ne veulent pas être des faire-valoir rafraîchissants du mouvement souverainiste, ces jeunes conservateurs devront assumer davantage ce qu’ils sont. Or, on ne retrouve nulle part dans leur manifeste des mots comme «conservatisme», «centre droit», «fonds bleu québécois». On y critique les idéologues libertariens «partisans de la mondialisation financière et obsédés par la culture américaine», mais on leur abandonne en pratique, de même qu’aux conservateurs fédéraux, tout le territoire conservateur de centre droite.

Génération Québec imposera-t-elle sa différence dans un mouvement souverainiste, qui a tout à gagner à redevenir une coalition d’éléments de gauche et de droite qui s’assument?