15 février 1839 : Souvenons-nous des Patriotes

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Il y a 174 ans exactement, cinq Patriotes montaient sur l’échafaud pour être pendus, conformément à la décision de la Cour martiale. À travers une marée d’arrestations, de déportations et d’exécutions commandées par un système de justice des plus corrompus, ils étaient cette fois cinq à nous quitter dans un horrible spectacle : De Lorimier, Hindelang, Narbonne, Nicolas et Daunais.

Ce sont là de sombres pages de notre histoire nationale qu’il faut nous rappeler. Autant de souvenirs amers d’une mémoire qui ne sait plus trop comment les commémorer. Le devoir du patriote exige cependant cette gratitude pour nos aïeux. Il faut célébrer les Patriotes à leur juste valeur, tâcher de s’en faire un portrait fidèle.

Les Patriotes se sont insurgés pour la responsabilité ministérielle, pour une saine représentativité du peuple canadien français au Parlement du Bas-canada. Ils se sont associés, rassemblés et ont travaillé à la mise en œuvre d’un programme conservateur du patrimoine culturel et religieux des franco-canadiens, mais aussi d’un projet empreint de valeurs libérales fortes. Les Patriotes étaient les défenseurs d’une administration équitable de la justice, de la souveraineté de la majorité, du respect des droits fondamentaux du peuple auquel ils appartenaient. Papineau, grandement inspiré par les idées politiques américaines, voulait apparemment asseoir les assises du libéralisme démocratique en sol canadien. En 1838, la déclaration d’indépendance que prépare Nelson et ses acolytes est un pas de plus dans le parcours d’affirmation nationale du Bas-Canada.

On a récupéré le projet des Patriotes de maintes façons, et souvent bien maladroitement. Il y a eu entre autres ces critiques acerbes qui ont fait de défenseurs d’une patrie libérale et libre un groupe de gens violents et extrémistes. Qu’en ce jour de commémoration, il soit clair que la violence était pour les Patriotes un dernier recours qu’il fallait préférablement éviter. Ils ont d’ailleurs été d’une patience inouïe dans leurs tentatives parlementaires. Certes, quelques uns furent plus prompts à s’armer que d’autres. Mais l’esprit général des insurrections est davantage celui d’un désespoir patriote, d’un nationalisme de survivance, que celui de révolutionnaires violents. Qu’il soit clair aussi que les Patriotes ne se seraient pas abaissés à la casse du printemps dernier, eux qui étaient fiers d’une éducation assurée par les Jésuites, qui la chérissaient et voulait la préserver par une des 92 résolutions.

Quoi qu’il en soit, il faut se souvenir des Patriotes. Il faut le faire convenablement, en évitant de les caricaturer. Ces hommes ont donné leur vie pour notre patrie et nous leur en savons gré. Ils ont défendu les fondements de la démocratie libérale et nous leur en sommes reconnaissants. Ils ont finalement voulu affirmer l’indépendance nationale du Bas-Canada vis-à-vis de la couronne britannique, ce qui n’est toujours pas accompli. C’est là le point de départ d’un indépendantisme qui commence à découvrir pleinement ses racines et qui cherche à l’exprimer pour l’affirmer. Nous en sommes aujourd’hui à un combat autre, mais qui ne leur serait probablement pas étranger.

Solennelle et respectueuse de notre histoire, Génération Nationale tient à souligner les évènements du 15 février 1839. Sans nostalgie passéiste, nous tenons cependant à partager, tirées du testament de Chevalier De Lorimier, ces quelques paroles d’espoir : « Malgré tant d’infortunes, mon cœur entretient encore du courage et des espérances pour l’avenir. […] Le paisible Canadien verra renaître le bonheur et la liberté sur le Saint-Laurent… »

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