Le cartel financier et la présidence Trump

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Les conséquences de la crise de 2008 sont loin d’être terminées aux États-Unis.

Si bien des partisans d’Hillary Clinton martelaient le très bas chiffre de 4,9 pourcent de chômage (la moyenne nationale) pour soutenir leur consternation face à la défaite démocrate, il nous incombe de leur faire un peu de peine en pointant en déconstruisant ce mythe statistique. Être au chômage n’équivaut pas à être sans emploi. Être au chômage signifie être sans emploi ET être à la recherche d’un emploi (tout en ayant la capacité d’en avoir un). Ceux qui, en situation de déprime, ont abandonné l’idée de travailler, ne sont donc pas comptabilisés. 84 millions d’Américains en âge de travailler n’ont pas d’emploi et n’en cherchent pas non plus, soit 15 millions de plus qu’avant la crise de 2008. Le taux d’activité, soit le rapport entre la population active (ayant un emploi ou à la recherche d’un emploi) et la population en âge de travailler, est en diminution au pays de l’Oncle Sam. L’autre raison pour laquelle cette statistique est trompeuse, c’est qu’elle ne prend pas en compte la hausse vertigineuse du nombre d’emplois à temps partiel depuis 2008. La qualité est donc bien loin d’être rendez-vous.

On ne reviendra pas ici en détails sur les causes et les conséquences de la crise de 2008, si ce n’est que le monde bancaire et financier a joué à la fois un rôle initiateur et amplificateur.

Aujourd’hui, trois des quatre banques ayant été sauvées de la faillite par l’État américain lors de la crise de 2007-2008 sont aujourd’hui plus imposantes qu’elles ne l’étaient à l’époque. La faillite de ces institutions entraînerait automatiquement la chute brutale de l’économie mondiale.

Banques et haute-finance

Quelle sera l’attitude de l’administration Trump face à cette clique capable de souffler le chaud et le froid sur la planète entière ? Je rappelais hier quelques engagements et déclarations de Donald Trump vis-à-vis du libre-échange, je répèterai ici l’exercice par rapport au monde bancaire et financier.

1) On sait tout d’abord que Trump a ironisé sur son enrichissement personnel pendant la crise, des commentaires manquant de jugement et de compassion. Mais l’ancien homme d’affaires est désormais président des États-Unis. Nous n’en ferons donc pas trop de cas.

2) Comme candidat aux primaires républicaines, Trump avait alors été sévère avec les hedge funds, ou fonds d’investissement, qui payent moins de taxes que la classe moyenne tout en engrangeant de véritables fortunes. Pourtant, une fois investi, Trump a avancé une politique fiscal généreuse envers ces fonds d’investissement, baissant le taux d’imposition sur leurs bénéfices à seulement 15 pourcent. Ajoutons à cela qu’après avoir défendu l’idée d’une hausse des taxes sur les revenus des plus riches, dont font partie les gérants des hedge funds, Trump a plutôt proposé de les baisser à 25 pourcent comme taux maximal. Finalement, trois représentants des fonds de capital-investissement (Colony, Paulson & Co et Cerberus) font partie de l’équipe de conseillers économiques de Trump.

3) En 2015, Trump s’est prononcé contre la loi Dodd-Frank, qui mettait en place un bureau de surveillance financière des banques, chargé de protéger les consommateurs. 390 nouvelles règles venaient avec. Le bureau a notamment le pouvoir de limiter celui des banques lorsque leurs clients en arrachent. En août 2016, Trump n’a pas réitéré cet engagement mais n’en a pas moins parlé de « geler » ces agences régulatoires. L’abolition de Dodd-Frank restera tout de même un combat pour le Parti républicain, qui l’a adopté dans sa plateforme officielle.

4) Trump a critiqué certaines banques pour leur entente avec le gouvernement sur le règlement de certains frais liés à la crise. Il s’est aussi dit contre l’idée de « casser » les grandes banques. Mais Trump a tout de même paradoxalement appelé à ramener la loi Glass-Steagall, qui interdisait aux banques commerciales de risquer l’épargne des particuliers dans des opérations à haut-risque. Dans les faits, cela reviendrait pourtant à « casser » les grandes banques…

5) Pendant la crise, Trump, qui était encore très loin d’être en politique, se déclarait favorable aux plans de sauvetage des banques. « Financez-les ou nationalisez-les, il faut qu’elles fonctionnent ». On peut présumer de son attitude en cas de nouvelle crise.

6) Pendant les primaires, Trump affirmait que Wall Street avait causé de graves problèmes aux Américains et que ses dirigeants ne s’en tireraient pas si facilement. Il a aussi accusé à de nombreuses reprises Hillary Clinton d’être « possédée » par Wall Street. Une fois investi, Trump s’est plutôt entouré de financiers et de banquiers, notamment dans le cadre de ses levées de fonds. Le Wall Street Journal a tout de même été très sévère à l’endroit de Donald Trump jusqu’au dernier jour de la campagne.

7) Trump est également favorable à une surveillance accrue de la banque centrale américaine.

En somme, si les propositions de Donald Trump par rapport au commerce international sont des plus intéressantes, celles qui touchent au monde financier et bancaire sont au mieux beaucoup plus ambigües, malgré quelques promesses audacieuses plus ou moins réitérées au fil des mois. Après de multiples revirements, il est encore moins évident de comprendre ce qui arrivera réellement, sous Trump, des immenses privilèges de cette « élite » qui gouverne le monde. Nous saurons, dans tous les cas, bien assez vite si Donald Trump défendra véritablement le peuple ou si cela n’était qu’une parade électorale pour continuer à mettre l’appareil américain au service de Wall Street.

Simon-Pierrre Savard-Tremblay

Via Le Journal de Montréal